Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/594

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Les Pygmées.

Petits bonshommes, nous grouillons sur le monde, comme de la vermine sur la bosse d’un dromadaire.

On nous brûle, on nous noie, on nous écrase, et toujours nous reparaissons plus vivaces et plus nombreux, terribles par la quantité.

Les Cynocéphales qui, couverts de poil, vivent dans les bois d’une façon désordonnée.

Nous grimpons aux arbres pour super les oeufs, nous plumons les oisillons et nous posons leur nid sur notre tête en manière de bonnet. Malheur à la vierge qui va seule aux fontaines !

Hardi ! Compagnons ! Faisons claquer nos dents blanches, agitez les feuillages !

ANTOINE.

Qui donc me souffle à la figure ce parfum de sève où mon coeur défaille ?

Et il aperçoit : Le Sadhuzag grand cerf noir à la tête de boeuf, qui porte, entre les oreilles, un buisson de cornes blanches.

Mes soixante-douze andouillers sont creux comme des flûtes. Je les courbe et je les redresse… tiens !

Il fait remuer son bois en avant et en arrière.

Quand je me tourne vers le vent du sud, il s’en échappe des sons qui attirent à moi les bêtes ravies. Les serpents s’enroulent à mes jambes, les guêpes se collent à mes narines et les perroquets, les colombes et les ibis se tiennent perchés sur mes rameaux… écoute !

Il renverse son bois, d’où sort une musique ineffable.

ANTOINE.

Quels sons ! Mon coeur se détache ! Il vibre !

Cette mélodie va l’emporter avec elle !

Le Sadhuzag.

Mais quand je me tourne vers le nord et que j’incline mon