Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/596

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en poussière… je t’y conduirai, Antoine, et les portes d’elles-mêmes s’ouvriront : tu humeras la vapeur chaude des mines, tu descendras dans les souterrains.

ANTOINE.

Oh ! Non ! Non ! C’est comme si la terre m’écrasait !

J’étouffe… il relève le front vers le ciel.

Le Phénix qui plane, s’arrête : il a de grandes ailes d’or, des rayons lui sortent des yeux.

Je traverse les firmaments, j’effleure les plages où je vais becquetant des étoiles, et je trottine, du bout de mes pattes, sur la voie lactée, comme une poule qui saute parmi des grains d’avoine.

Quand je veux dormir, je me couche dans la lune, en courbant mon corps selon sa forme ovale. D’autres fois, je la prends à mon bec et, à grands coups d’aile, je la traîne par les espaces. C’est alors qu’elle court si vite, descendant les vallées, sautant les ruisseaux, cabriolant sur les bois, comme une chèvre qui vagabonde dans la vaste plaine bleue.

Mais quand la flamme des soleils ne peut plus réchauffer mon sang appauvri, je vais dans l’Yémen prendre de la myrrhe fraîche, dont je compose un nid funèbre. Alors je ferme les plumes et je me mets à mourir.

La pluie d’équinoxe qui tombe sur ma cendre la mêle au parfum tiède encore. Un ver apparaît, il lui pousse des ailes, il s’envole : c’est le Phénix, fils ressuscité du père… des astres nouveaux s’épanouissent, un soleil plus jeune éclate, et les sphères paresseuses recommencent à tourner.

Le Phénix voltige en faisant des cercles enflammés ; Antoine ébloui abaisse ses regards sur la terre, et d’autres animaux apparaissent, bêtes cornues, monstres ventrus.

Le Cochon.

Je suis malade ! Comme je souffre ! Qu’ils me tourmentent !… oh ! Là ! Là !… hah ! Hah !

Hah !

Il court de côté et d’autre.

Je suis brûlé, asphyxié, étranglé ! Je crève de toutes les façons ! On me tire la queue, on me pince le ventre, on m’écorche le dos, et j’ai un aspic qui me mord la verge !