Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/600

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vent, des nuages de fumée, et qu’éclairent à la fois des lueurs de lune, des rayons de soleil, des crépuscules verdâtres.

Le sang de mes veines bat si fort qu’il va les rompre. Mon âme déborde par-dessus moi ! Je voudrais m’élancer, m’enfuir au dehors. Moi aussi je suis animal, la vie me grouille au ventre. J’ai envie de voler dans les airs, de nager dans les eaux, de courir dans les bois. Oh ! Comme je serais heureux si j’avais ces robustes existences sous leurs cuirs inattaquables ! Comme je respirerais à l’aise sur ces vastes envergures !

J’ai besoin d’aboyer, de beugler, de hurler ! Je voudrais vivre dans un antre, souffler de la fumée, porter une trompe, tordre mon corps, -et me diviser partout, être en tout, m’émaner avec les odeurs, me développer comme les plantes, vibrer comme le son, briller comme la lumière, me blottir sous les formes, pénétrer chaque atome, circuler dans la matière, être matière moi-même pour savoir ce qu’elle pense… LE DIABLE fondant sur saint Antoine, l’accroche aux reins par ses cornes et l’emporte avec lui en criant : tu vas le savoir ! Je vais te l’apprendre !

Le Cochon cabré sur ses pattes, regarde saint Antoine disparaître dans les espaces.

Oh ! Que n’ai-je des ailes, comme le cochon de Clazomène !

TROISIEME PARTIE.