Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/611

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s’exhale de ta poitrine m’enflamme la joue ; et ton haleine, ô mort, me fait froid dans les cheveux.

Et la mort et la luxure se mettent à marcher devant saint Antoine régulièrement, comme des chantres dans les églises ; et elles psalmodient : La Luxure.

C’est ma grande voix qui fait le murmure des capitales, et le battement de mon coeur n’est que la palpitation du genre humain.

La Mort.

La série continue des choses forme le tourbillon du néant, et tout le tapage du monde n’est que le claquement de ma mâchoire.

La Luxure.

Je mets du vertige au bord des obscénités, une joie dans les morsures, de l’attraction même sous les dégoûts.

La Mort.

Les pleurs que j’ai tirés des yeux formeraient des océans, les oeuvres que j’ai abattues composeraient un tas plus haut que tous les mondes.

La Luxure.

Couverte de joyaux d’or, la prostituée, belle du désir de tous les hommes, chante à voix basse des mots amoureux sous sa lanterne qui fume.

La Mort.

Les vers blanchâtres, dans la nuit du tombeau, se collent sur les visages, comme un essaim d’abeilles qui dévorent une figue.

La Luxure.

Et il y a même des femmes mortes qui ont un air si abandonné, avec leurs bras pendants, leurs paupières entrecloses et leurs cheveux noirs se déroulant sur leurs chairs pâles, que l’on dirait une autre nudité plus générale et plus profonde.

ANTOINE.

Oh !… oh !… vous me semblez horribles toutes les deux !