Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/65

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bonheur terrestre, nous sommes par cette union dans la plénitude spirituelle. Après l’âge du père, l’âge du fils ; et j’inaugure le troisième, celui du paraclet. Sa lumière m’est venue durant les quarante nuits que la Jérusalem céleste a brillé dans le firmament, au-dessus de ma maison, à Pepuza.

Ah ! comme vous criez d’angoisse quand les lanières vous flagellent ! comme vos membres endoloris se présentent à mes ardeurs ! comme vous languissez sur ma poitrine, d’un irréalisable amour ! Il est si fort qu’il vous a découvert des mondes, et vous pouvez maintenant apercevoir les âmes avec vos yeux.

Antoine fait un geste d’étonnement.
Tertullien.
revenu près de Montanus :

Sans doute, puisque l’âme a un corps, — ce qui n’a point de corps n’existant pas.

Montanus.

Pour la rendre plus subtile, j’ai institué des mortifications nombreuses, trois carêmes par an, et pour chaque nuit des prières où l’on ferme la bouche, — de peur que l’haleine en s’échappant ne ternisse la pensée. Il faut s’abstenir des secondes noces, ou plutôt de tout mariage ! Les anges ont péché avec les femmes.

Les Arcontiques
en cilices de crins :

Le sauveur a dit : « je suis venu pour détruire l’œuvre de la femme. »