Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/655

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N O T l C E.

Saint Antoine a existé. Quelques critiques audacieux ont, il est vrai, tenté naguère de tourner au mythe son histoire tout entière ; mais les débats assez vifs qu’ils ont provoqués ne se sont point terminés à leur avantage, et je ne crois pas qu’ils comptent aujourd’hui beaucoup de partisans. On ne conteste vraiment l’authenticité du livre attribué à saint Athanase et intitulé Biographie et méthode de vie de notre saint père Antoine. C’est la meilleure et la plus abondante de nos sources ; la plupart des autres en dérivent. Il n’y faudrait pourtant pas puiser sans précautions : d’abord, parce qu’au cours des temps, et en raison même du grand succès qu’elle a obtenu, l’œuvre originale a probablement reçu quelques embellissements ; ensuite, parce qu’Athanase en la composant, n’a pas cherché à y appliquer les règles rigoureuses de la critique. Il voyait avec les yeux et pensait avec l’esprit d’une époque et d’un milieu qui n’étaient point favorables à ce que les érudits nomment, en leur jargon « l’objectivité scientifique ». Toutefois, comme il avait, durant sa jeunesse, vécu assez longtemps dans la familiarité d’Antoine ; que, plus tard, quand il fut évêque d’Alexandrie, il le revit plusieurs fois, et que, d’ailleurs, il se trouvait on ne peut mieux placé pour se renseigner sur ce qu’il n’avait pas appris par lui-même, nous pouvons nous fier à son témoignage pour comprendre la mentalité de notre saint et retracer les grandes lignes de sa vie.

Antoine naquit vers 250, à Coma, prés d’Héracléopolis dans l’Égypte moyenne ; ses parents avaient du bien et pouvaient lui faire donner une « bonne éducation », mais leur piété timorée leur représenta sous des apparences si affreuses les embûches que le siècle préparait à l’enfant, qu’ils mirent d’abord tout leur soin à lui en inspirer l’horreur. Ils y réussirent parfaitement, et tant qu’il fut petit, Antoine ne voulut connaître du monde que ce qu’on en voyait de la maison de son père et des hommes que sa famille ; il ne fut donc point à l’école, n’apprit pas le grec et ne sut jamais lire. Adolescent, élevé au-dessus de son âge par la gravité, le recueillement, la patience et la sobriété qu’il montrait en toute occasion, il ne sortait de chez lui que pour accompagner ses parents à l’église, le dimanche ; il y tendait avidement