Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/9

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ment des pages, que le vent agite, lui fait relever la tête, et il lit :

« Les Juifs tuèrent tous leurs ennemis avec des glaives et ils en firent un grand carnage, de sorte qu’ils disposèrent à volonté de ceux qu’ils haïssaient. »

Suit le dénombrement des gens tués par eux : soixante-quinze mille. Ils avaient tant souffert ! D’ailleurs, leurs ennemis étaient les ennemis du vrai Dieu. Et comme ils devaient jouir à se venger, tout en massacrant des idolâtres ! La ville, sans doute, regorgeait de morts ! Il y en avait au seuil des jardins, sur les escaliers, à une telle hauteur dans les chambres que les portes ne pouvaient plus tourner !… — mais voilà que je plonge dans des idées de meurtre et de sang !

Il ouvre le livre à un autre endroit.

Nabuchodonosor se prosterna le visage contre terre et adora Daniel. »

Ah ! c’est bien ! Le Très-Haut exalte ses prophètes au-dessus des rois ; celui-là pourtant vivait dans les festins, ivre continuellement de délices et d’orgueil. Mais Dieu, par punition, l’a changé en bête. Il marchait à quatre pattes !

Antoine se met à rire ; et en écartant les bras, du bout de sa main, dérange les feuilles du livre. Ses yeux tombent sur cette phrase :

Ézéchias eut une grande joie de leur arrivée. Il leur montra ses parfums, son or et son argent, tous ses aromates, ses huiles de senteur, tous ses vases précieux, et ce qu’il y avait dans ses trésors. »