Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/10

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Je me figure… qu’on voyait entassés jusqu’au plafond des pierres fines, des diamants, des dariques. Un homme qui en possède une accumulation si grande n’est plus pareil aux autres. Il songe, tout en les maniant, qu’il tient le résultat d’une quantité innombrable d’efforts, et comme la vie des peuples qu’il aurait pompée et qu’il peut répandre. C’est une précaution utile aux rois. Le plus sage de tous n’y a pas manqué. Ses flottes lui apportaient de l’ivoire, des singes… où est-ce donc ?

Il feuillette vivement.

Ah ! voici :

« La reine de Saba, connaissant la gloire de Salomon, vint le tenter, en lui proposant des énigmes. »

Comment espérait-elle le tenter ? Le diable a bien voulu tenter Jésus ! Mais Jésus a triomphé parce qu’il était Dieu, et Salomon grâce peut-être à sa science de magicien. Elle est sublime, cette science-là ! Car le monde, — ainsi qu’un philosophe me l’a expliqué, — forme un ensemble dont toutes les parties influent les unes sur les autres, comme les organes d’un seul corps. Il s’agit de connaître les amours et les répulsions naturelles des choses, puis de les mettre en jeu ?… On pourrait donc modifier ce qui paraît être l’ordre immuable ?

Alors les deux ombres dessinées derrière lui par les bras de la croix se projettent en avant. Elles font comme deux grandes cornes ; Antoine s’écrie :

Au secours, mon dieu !