Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/90

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À chaque degré de ses larges rameaux se tient dans l’air un couple d’esprits. Les branches autour d’eux s’entre-croisent, comme les veines d’un corps ; et ils regardent la vie éternelle circuler depuis les racines plongeant dans l’ombre jusqu’au faîte qui dépasse le soleil. Moi, sur la deuxième branche, j’éclairais avec ma figure les nuits d’été.

Antoine
se touchant le front.

Ah ! ah ! je comprends ! la tête !

Simon
le doigt sur la bouche :

Chut ! …

Hélène.

La voile restait bombée, la carène fendait l’écume. Il me disait : « que m’importe si je trouble ma patrie, si je perds mon royaume ! Tu m’appartiendras, dans ma maison ! »

Qu’elle était douce la haute chambre de son palais ! Il se couchait sur le lit d’ivoire, et, caressant ma chevelure, chantait amoureusement.

À la fin du jour, j’apercevais les deux camps, les fanaux qu’on allumait, Ulysse au bord de sa tente, Achille tout armé conduisant un char le long du rivage de la mer.

Antoine.

Mais elle est folle entièrement ! Pourquoi ? …