Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/89

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Elle est couverte d’une robe de pourpre en lambeaux. Il est nu-tête comme elle, avec une tunique de même couleur, et porte un vase de bronze, d’où s’élève une petite flamme bleue.
Antoine a peur — et voudrait savoir qui est cette femme.
L’étranger (Simon).

C’est une jeune fille, une pauvre enfant, que je mène partout avec moi.

Il hausse le vase d’airain.
Antoine la considère, à la lueur de cette flamme qui vacille.
Elle a sur le visage des marques de morsures, le long des bras des traces de coups ; ses cheveux épars s’accrochent dans les déchirures de ses haillons ; ses yeux paraissent insensibles à la lumière.
Simon.

Quelquefois, elle reste ainsi, pendant fort longtemps, sans parler, sans manger ; puis elle se réveille, — et débite des choses merveilleuses.

Antoine.

Vraiment ?

Simon.

Ennoïa ! Ennoïa ! Ennoïa ! raconte ce que tu as à dire !

Elle tourne ses prunelles comme sortant d’un songe, passe lentement ses doigts sur ses deux sourcils, et d’une voix dolente :
Hélène (Ennoïa).

J’ai souvenir d’une région lointaine, couleur d’émeraude. Un seul arbre l’occupe.

Antoine tressaille.