Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/93

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Viennent à moi ceux qui sont couverts de vin, ceux qui sont couverts de boue, ceux qui sont couverts de sang ; et j’effacerai leurs souillures avec le saint-esprit appelé Minerve par les grecs ! Elle est Minerve ! elle est le Saint-esprit ! Je suis Jupiter, Apollon, le Christ, le Paraclet, la grande puissance de Dieu, incarnée en la personne de Simon !

Antoine.

Ah ! c’est toi ! … c’est donc toi ? Mais je sais tes crimes !

Tu es né à Gittoï, près de Samarie. Dosithéus, ton premier maître, t’a renvoyé ! Tu exècres saint Paul pour avoir converti une de tes femmes ; et, vaincu par saint Pierre, de rage et de terreur tu as jeté dans les flots le sac qui contenait tes artifices !

Simon.

Les veux-tu ?

Antoine le regarde ; — et une voix intérieure murmure dans sa poitrine. « pourquoi pas ? »
Simon reprend :

Celui qui connaît les forces de la nature et la substance des esprits doit opérer des miracles. C’est le rêve de tous les sages — et le désir qui te ronge ; avoue-le !

Au milieu des romains, j’ai volé dans le cirque tellement haut qu’on ne m’a plus revu. Néron ordonna de me décapiter ; mais ce fut la tête d’une brebis qui tomba par terre, au lieu de la mienne. Enfin on m’a enseveli tout vivant ; mais j’ai res-