Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/94

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suscité  le troisième jour. La preuve, c’est que me voilà !

Il lui donne ses mains à flairer. Elles sentent le cadavre. Antoine se recule.

Je peux faire se mouvoir des serpents de bronze, rire des statues de marbre, parler des chiens. Je te montrerai une immense quantité d’or ; j’établirai des rois ; tu verras des peuples m’adorant ! Je peux marcher sur les nuages et sur les flots, passer à travers les montagnes, apparaître en jeune homme, en vieillard, en tigre et en fourmi, prendre ton visage, te donner le mien, conduire la foudre. L’entends-tu ?

Le tonnerre gronde, des éclairs se succèdent.

C’est la voix du Très-Haut ! « car l’Éternel ton Dieu est un feu » , et toutes les créations s’opèrent par des jaillissements de ce foyer.

Tu dois en recevoir le baptême, — ce second baptême annoncé par Jésus, et qui tomba sur les apôtres, un jour d’orage que la fenêtre était ouverte !

Et tout en remuant la flamme avec sa main, lentement, comme pour en asperger Antoine :

Mère des miséricordes, toi qui découvres les secrets, afin que le repos nous arrive dans la huitième maison…

Antoine
s’écrie :

Ah ! si j’avais de l’eau bénite !

La flamme s’éteint, en produisant beaucoup de fumée. Ennoïa et Simon ont disparu.