Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/95

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Un brouillard extrêmement froid, opaque et fétide, emplit l’atmosphère.
Antoine
étendant ses bras, comme un aveugle :

Où suis-je ? … J’ai peur de tomber dans l’abîme. Et la croix, bien sûr, est trop loin de moi… Ah ! quelle nuit ! quelle nuit !

Sous un coup de vent, le brouillard s’entr’ouvre ; — et il aperçoit deux hommes, couverts de longues tuniques blanches.
Le premier est de haute taille, de figure douce, de maintien grave. Ses cheveux blonds, séparés comme ceux du Christ, descendent régulièrement sur ses épaules. Il a jeté une baguette qu’il portait à la main, et que son compagnon a reçue en faisant une révérence à la manière des orientaux.
Ce dernier est petit, gros, camard, d’encolure ramassée, les cheveux crépus, une mine naïve. Ils sont tous les deux nu-pieds, nu-tête, et poudreux comme des gens qui arrivent de voyage.
Antoine
en sursaut :

Que voulez-vous ? Parlez ! Allez-vous-en !

Damis.
— C’est le petit homme.

Là, là ! … bon ermite ! ce que je veux ? Je n’en sais rien ! Voici le maître.

Il s’assoit ; l’autre reste debout. Silence.
Antoine
reprend :

vous venez ainsi ?…