Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/147

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coquette, de la jalousie de salonnière à qui on a volé un bibelot rare. » Il en souffrait déjà pourtant ; il souffrait surtout de constater qu’elle les regardait sans cesse d’une façon furtive et dissimulée, et qu’elle ne s’inquiétait nullement de le voir, lui, assis près de Mme Le Prieur. C’est qu’elle le tenait, elle en était sûre, tandis que l’autre lui échappait. Alors qu’était donc pour elle déjà cet amour, leur amour né d’hier, et qui ne laissait survivre en lui aucune autre idée ?

M. de Pradon demandait le silence, et Massival ouvrait le piano, dont Mme de Bratiane s’approchait en ôtant ses gants, car elle allait chanter les transports de Didon, quand la porte s’ouvrit encore une fois, et un jeune homme parut qui fixa tous les yeux. Il était grand, svelte, avec des favoris frisés, des cheveux blonds, courts et bouchés, un air absolument aristocrate. Mme Le Prieur elle-même semblait émue.

— Qui est-ce ? lui demanda Mariolle.

— Comment ! vous ne le connaissez pas ?

— Mais non.

— Le comte Rodolphe de Bernhaus.

— Ah ! celui qui s’est battu avec Sigismond Fabre.

— Oui.

L’histoire avait fait grand bruit. Le comte de Bernhaus, conseiller de l’ambassade d’Autriche, diplomate du plus grand avenir, un Bismarck élé-