Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/146

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traits fort réguliers, avec des cheveux châtains où couraient des nuances de feu, affable, captivante par son charme tranquille et bienveillant, par une coquetterie calme et savante aussi, par un grand désir de plaire dissimulé sous des dehors de sincère et simple affection, elle avait des partisans déterminés, qu’elle se gardait bien d’exposer à des rivalités dangereuses. Sa maison passait pour un cercle d’étroite intimité, où tous les habitués d’ailleurs vantaient avec ensemble les mérites du mari.

Elle et Mariolle se mirent à causer. Elle appréciait beaucoup cet homme intelligent et réservé, dont on parlait peu et qui valait peut-être mieux que les autres.

Les derniers invités entraient. Le gros Fresnel, essoufflé, essuyant encore d’un dernier effleurement de mouchoir son front toujours tiède et luisant, le philosophe mondain Georges de Maltry, puis, ensemble le baron de Gravil et le comte de Marantin. M. de Pradon faisait avec sa fille les honneurs de cette matinée. Il fut plein d’attentions pour Mariolle. Mais Mariolle, le cœur serré, la regardait aller, venir, s’occuper de tout ce monde plus que de lui. Deux fois, il est vrai, elle lui avait jeté de loin des regards rapides qui semblaient dire : « Je pense à vous », mais si courts qu’il s’était peut-être mépris sur leur sens. Et puis il ne pouvait plus ne pas voir que l’assiduité agressive de Lamarthe pour Mme de Frémines irritait Mme de Burne. « Ce n’est là, pensait-il, que du dépit de