Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/182

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révélait jamais. Cette femme pensait et ne sentait pas. Il se rappela d’autres lettres. Il en avait reçu beaucoup. Une petite bourgeoise rencontrée en voyage, et qu’il aima trois mois, lui avait écrit des billets délicieux et vibrants, pleins de trouvailles et d’imprévu. Il s’était même étonné de la souplesse, de l’élégance colorée et de la variété de sa phrase. D’où lui venait ce don ? De ce qu’elle était très sensible, pas d’autre chose. La femme ne travaille point ses termes : c’est l’émotion directe qui les jette à son esprit ; elle ne fouille pas les dictionnaires. Quand elle sent très fort, elle exprime très juste, sans peine et sans recherche, dans la sincérité mobile de sa nature.

C’est la sincérité de la nature de sa maîtresse qu’il s’efforçait de pénétrer à travers les lignes qu’elle lui écrivait. C’était aimable et fin. Mais comment ne trouvait-elle pas autre chose pour lui ? Ah ! il en avait trouvé pour elle, des mots vrais et brûlants comme des charbons, lui !

Quand son valet de chambre apportait son courrier, il cherchait d’un coup d’œil l’écriture désirée sur une enveloppe, et, lorsqu’il l’avait reconnue, une involontaire émotion surgissait en lui, suivie par un battement de cœur. Il avançait la main et prenait le papier. De nouveau il regardait l’adresse, puis déchirait. Qu’allait-elle lui dire ? le mot « aimer » y serait-il ? Jamais elle ne l’avait écrit, jamais elle ne l’avait prononcé sans le faire suivre du mot « bien ». — « Je vous aime bien. » — « Je vous aime