Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/234

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sauts à Paris, le prince Epilati, gentilhomme de salles d’armes, dont on parlait partout et dont on vantait beaucoup l’élégance et la souple vigueur, exhibées au high-life et à la cocoterie d’élite sous des maillots collants de soie noire, accaparait en ce moment l’attention et la coquetterie de la petite baronne de Frémines.

Comme Lamarthe continuait à se taire, il lui dit :

— C’est notre faute ; nous choisissons mal, il y a d’autres femmes que celles-là !

Le romancier répliqua :

— Les seules encore capables d’attachement sont les demoiselles de magasin ou les petites bourgeoises sentimentales, pauvres et mal mariées. J’ai porté quelquefois secours à une de ces âmes en détresse. Elles sont débordantes de sentiment, mais de sentiment si vulgaire que le troquer contre le nôtre c’est faire l’aumône. Or je dis que dans notre jeune société riche, où les femmes n’ont envie et besoin de rien et n’ont d’autre désir que d’être un peu distraites, sans dangers à courir, où les hommes ont réglementé le plaisir comme le travail, je dis que l’antique, charmant et puissant attrait naturel qui poussait jadis les sexes l’un vers l’autre a disparu.

Mariolle murmura :

— C’est vrai.

Son envie de fuir s’accrut, de fuir loin de ces gens, de ces fantoches qui mimaient, par désœuvre-