Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/267

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aussitôt le saluer, car il éprouvait pour ce dîneur fidèle une sympathie intéressée, puis il dit :

— J’ai deux nouveaux clients, deux peintres, depuis hier.

— Ces messieurs là-bas ?

— Oui, ils sont déjà connus. Le plus petit a eu une seconde médaille, l’an dernier.

Et, ayant raconté tout ce qu’il savait de ces artistes en éclosion, il demanda :

— Que prenez-vous aujourd’hui, monsieur Mariolle ?

— Envoyez-moi un vermout, comme toujours.

Le patron s’éloigna.

Élisabeth parut portant le plateau, le verre, la carafe et la bouteille. Et aussitôt un des peintres cria :

— Eh bien ! petite, est-on toujours fâchée ?

Elle ne répondit pas, et quand elle approcha de Mariolle il vit qu’elle avait les yeux rouges.

— Vous avez pleuré ? dit-il.

Elle répondit simplement :

— Oui, un peu.

— Que s’est-il passé ?

— Ces deux messieurs là-bas se sont mal conduits avec moi.

— Qu’est-ce qu’ils ont fait ?

— Ils m’ont prise pour une pas grand’chose.

— Vous vous êtes plainte au patron ?

Elle eut un haussement d’épaules désolé.