Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/298

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demande pas ça en coquette… je vous demande ça en amie ?

— Je vous aime toujours.

— Et quelles sont vos prétentions ?

— Est-ce que je sais ? Je suis entre vos mains.

— Oh ! moi j’ai des idées très nettes, mais je ne vous les dirai pas sans savoir les vôtres. Parlez-moi de vous, de ce qui s’est passé dans votre cœur et dans votre esprit depuis que vous vous êtes sauvé.

— J’ai pensé à vous, je n’ai guère fait autre chose.

— Oui, mais comment ? en quel sens ? avec quelles conclusions ?

Il raconta sa résolution de se guérir d’elle, sa fuite, son arrivée dans ce grand bois où il n’avait trouvé qu’elle, ses jours poursuivis par le souvenir, ses nuits rongées par la jalousie ; il dit tout, avec une bonne foi complète, sauf l’amour d’Élisabeth, dont il ne prononça plus le nom.

Elle l’écoutait, sûre qu’il ne mentait point, convaincue par le pressentiment de sa domination sur lui plus encore que par la sincérité de sa voix, et ravie de triompher, de le reprendre, car elle l’aimait bien, tout de même.

Puis il se désola de cette situation sans fin, et, s’exaltant à parler de ce dont il avait tant souffert après y avoir tant songé, il lui reprocha de nouveau, dans un lyrisme passionné, mais sans colère,