Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/55

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


selon ma nature et de compter sur votre esprit, que je connais.

Elle reprit, avec un ton de pitié contente :

— Voyons ! voyons ! Qu’est ce que c’est que cette folie-là ?…

Il l’interrompit :

— J’aime mieux n’en pas parler.

Elle répliqua vivement à son tour, sans le laisser continuer :

— Moi, je vous ai fait venir pour en parler ; et nous en parlerons jusqu’à ce que vous soyez bien convaincu que vous ne courez aucun danger.

Elle se mit à rire comme une petite fille, et sa robe de pensionnaire donnait à ce rire une jeunesse enfantine.

Il balbutia :

— Je vous ai écrit la vérité, la vérité sincère, la redoutable vérité dont j’ai peur.

Redevenant sérieuse, elle reprit :

— Soit, je le sais : tous mes amis passent par là. Vous m’avez écrit aussi que je suis une affreuse coquette : je l’avoue, mais personne n’en meurt ; je crois même que personne n’en souffre. Il y a bien ce que Lamarthe appelle : la crise. Vous y êtes, mais ça passe, et on tombe dans… comment dire ça ?… dans l’amour chronique, qui ne fait plus mal et que j’entretiens à petit feu, chez tous mes amis, afin qu’ils me soient très dévoués, très attachés, très fidèles. Hein ! suis-je sincère aussi, moi, et franche,