Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/142

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tu… le père ?… — Non, n’est-ce pas ? Eh bien, alors ?… »

Jeanne, émue, s’animait : « Mais il ne laissera pas certainement cette fille ainsi. Ce serait un lâche ! nous demanderons son nom, et nous irons le trouver, lui, et il faudra bien qu’il s’explique. »

Julien s’était calmé et remis à marcher : « Ma chère, elle ne veut pas le dire, le nom de l’homme ; elle ne te l’avouera pas plus qu’à moi… et, s’il ne veut pas d’elle, lui ?… Nous ne pouvons pourtant pas garder sous notre toit une fille mère avec son bâtard, comprends-tu ? »

Jeanne, obstinée, répétait : « Alors c’est un misérable, cet homme ; mais il faudra bien que nous le connaissions : et, alors, il aura affaire à nous. »

Julien, devenu fort rouge, s’irritait encore : « Mais… en attendant ?… »

Elle ne savait que décider et lui demanda : « Qu’est-ce que tu proposes, toi ? »

Aussitôt il dit son avis : « Oh ! moi, c’est bien simple. Je lui donnerais quelque argent et je l’enverrais au diable avec son mioche. »

Mais la jeune femme, indignée, se révolta. « Quant à cela, jamais. C’est ma sœur de lait, cette fille ; nous avons grandi ensemble. Elle a fait une faute, tant pis ; mais je ne la jetterai pas dehors pour cela ; et, s’il le faut, je l’élèverai, cet enfant. »

Alors Julien éclata : « Et nous aurons une propre réputation, nous autres, avec notre nom et nos relations ! Et on dira partout que nous protégeons le vice, que nous abritons des gueuses ; et les gens honorables