Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/163

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


t’a dit ? À quel moment, comment as-tu cédé ? comment as-tu pu te donner à lui ?

Et Rosalie, écartant ses mains cette fois, saisie aussi d’une fièvre de parler, d’un besoin de répondre :

— J’sais ti mé ? C’est le jour qu’il a dîné ici la première fois, qu’il est v’nu m’ trouver dans ma chambre. Il s’était caché dans l’ grenier. J’ai pas osé crier pour pas faire d’histoire. Il s’est couché avec mé ; j’savais pu c’que j’faisais à çu moment-là ; il a fait c’qu’il a voulu. J’ai rien dit parce que je le trouvais gentil !…

Alors Jeanne poussant un cri :

— Mais… ton… ton enfant… c’est à lui ?…

Rosalie sanglota.

— Oui, madame.

Puis toutes deux se turent.

On n’entendait plus que le bruit des larmes de Rosalie et de la baronne.

Jeanne, accablée, sentit à son tour ses yeux ruisselants ; et les gouttes sans bruit coulèrent sur ses joues.

L’enfant de sa bonne avait le même père que le sien ! Sa colère était tombée. Elle se sentait maintenant toute pénétrée d’un désespoir morne, lent, profond, infini.

Elle reprit enfin d’une voix changée, mouillée, d’une voix de femme qui pleure :

— Quand nous sommes revenus de… là-bas,… du voyage… quand est-ce qu’il a recommencé ?

La petite bonne, tout à fait écroulée par terre, balbutia : « Le… le premier soir, il est v’nu. »

Chaque parole tordait le cœur de Jeanne. Ainsi, le premier soir, le soir du retour aux Peuples, il l’avait