Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/162

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Immobile, Rosalie poussait presque des cris entre ses mains crispées.

Le baron, que la colère gagnait, lui saisit les bras, les écarta violemment, et, la jetant à genoux près du lit : « Parle donc… Réponds. »

Elle resta par terre, dans la posture qu’on prête aux Madeleines, le bonnet de travers, le tablier sur le parquet, le visage voilé de nouveau de ses mains redevenues libres.

Alors le curé lui parla : « Allons, ma fille, écoute ce qu’on te dit, et réponds. Nous ne voulons pas te faire de mal ; mais on veut savoir ce qui s’est passé. »

Jeanne, penchée au bord de sa couche, la regardait. Elle dit : « C’est bien vrai que tu étais dans le lit de Julien quand je vous ai surpris. »

Rosalie, à travers ses mains, gémit : « Oui, madame. »

Alors, brusquement, la baronne se mit à pleurer aussi avec un gros bruit de suffocation ; et ses sanglots convulsifs accompagnaient ceux de Rosalie.

Jeanne, les yeux droit sur la bonne, demanda :

— Depuis quand cela durait-il ?

Rosalie balbutia : « Depuis qu’il est v’nu. »

Jeanne ne comprenait pas. « Depuis qu’il est venu… Alors… depuis… depuis le printemps ?

— Oui, madame.

— Depuis qu’il est entré dans cette maison ?

— Oui, Madame.

Et Jeanne, comme oppressée de questions, interrogea d’une voix précipitée.

— Mais comment cela s’est-il fait ? Comment te l’a-t-il demandé ? Comment t’a-t-il prise ? Qu’est-ce qu’il