Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/165

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— Voilà, Monsieur, votre bonne a fait comme les autres. »

Mais le baron, qui tremblait d’énervement, l’interrompit : « Elle ? que m’importe ! mais c’est Julien qui m’indigne. C’est infâme ce qu’il a fait là, et je vais emmener ma fille. »

Et il marchait s’animant toujours, exaspéré : « C’est infâme d’avoir ainsi trahi ma fille, infâme ! C’est un gueux, cet homme, une canaille, un misérable ; et je le lui dirai, je le souffletterai, je le tuerai sous ma canne ! »

Mais le prêtre, qui absorbait lentement une prise de tabac à côté de la baronne en larmes, et qui cherchait à accomplir son ministère d’apaisement, reprit : « Voyons, monsieur le baron, entre nous, il a fait comme tout le monde. En connaissez-vous beaucoup, des maris qui soient fidèles ? » Et il ajouta avec une bonhomie malicieuse : « Tenez, je parie que vous-même, vous avez fait vos farces. Voyons, la main sur la conscience, est-ce vrai ? » Le baron s’était arrêté, saisi, en face du prêtre qui continua : « Eh ! oui, vous avez fait comme les autres. Qui sait même si vous n’avez jamais tâté d’une petite bobonne comme celle-là. Je vous dis que tout le monde en fait autant. Votre femme n’en a pas été moins heureuse ni moins aimée, n’est-ce pas ? »

Le baron ne remuait plus, bouleversé.

C’était vrai, parbleu, qu’il en avait fait autant, et souvent encore, toutes les fois qu’il avait pu ; et il n’avait pas respecté non plus le toit conjugal ; et, quand elles étaient jolies, il n’avait jamais hésité devant les servantes de sa femme ! Était-il pour cela un misérable ?