Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/197

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


« Prenez garde, prenez donc garde, vous allez être emportée. » Elle répliqua : « Tant pis ; ce n’est pas votre affaire, » d’un ton si clair et si dur que les paroles nettes sonnèrent par la campagne comme si elles restaient suspendues dans l’air.

L’animal se cabrait, ruait, bavait. Soudain le comte inquiet cria de ses forts poumons : « Fais donc attention, Gilberte ! » Alors, comme par défi, dans un de ces énervements de femme que rien n’arrête, elle frappa brutalement de sa cravache entre les deux oreilles, la bête qui se dressa, furieuse, battit l’air de ses jambes de devant, et, retombant, s’élança d’un bond formidable, et détala par la plaine de toute la vigueur de ses jarrets.

Elle franchit d’abord une prairie, puis, se précipitant à travers les labourés, elle soulevait en poussière la terre humide et grasse, et filait si vite qu’on distinguait à peine la monture et l’amazone.