Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/283

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Et toute sa joie s’écroula.

Ils envoyèrent les quinze mille francs et ne reçurent plus de nouvelles pendant cinq mois.

Puis un homme d’affaires se présenta pour régler les détails de la succession de Julien. Jeanne et le baron rendirent les comptes sans discuter, abandonnant même l’usufruit qui revenait à la mère. Et, rentré à Paris, Paul toucha cent vingt mille francs. Il écrivit alors quatre lettres en six mois, donnant de ses nouvelles en style concis et terminant par de froides protestations de tendresse : « Je travaille, affirmait-il ; j’ai trouvé une position à la Bourse. J’espère aller vous embrasser quelque jour aux Peuples, mes chers parents. »

Il ne disait pas un mot de sa maîtresse ; et ce silence signifiait plus que s’il eût parlé d’elle durant quatre pages. Jeanne, dans ces lettres glacées, sentait cette femme embusquée, implacable, l’ennemie éternelle des mères, la fille.

Les trois solitaires discutaient sur ce qu’on pouvait faire pour sauver Paul ; et ils ne trouvaient rien. Un voyage à Paris ? À quoi bon ?

Le baron disait : « Il faut laisser s’user sa passion. Il nous reviendra tout seul. »

Et leur vie était lamentable.

Jeanne et Lison allaient ensemble à l’église en se cachant du baron.

Un temps assez long s’écoula sans nouvelles, puis, un matin, une lettre désespérée les terrifia.


« Ma pauvre maman, je suis perdu, je n’ai plus qu’à me brûler la cervelle si tu ne viens pas à mon secours.