Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/295

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rait quatre fermes situées à Saint-Léonard, et qui, dégrevées de toute hypothèque, constitueraient un revenu de huit mille trois cents francs. On mettrait de côté treize cents francs par an pour les réparations et l’entretien des biens ; il resterait donc sept mille francs sur lesquels on prendrait cinq mille pour les dépenses de l’année ; et on en réserverait deux mille pour former une caisse de prévoyance.

Elle ajouta : « Tout le reste est mangé, c’est fini. Et puis c’est moi qui garderai la clef, vous entendez ; et quant à M. Paul, il n’aura plus rien, mais rien ; il vous prendrait jusqu’au dernier sou. »

Jeanne, qui pleurait en silence, murmura :

— Mais s’il n’a pas de quoi manger ?

— Il viendra manger chez nous, donc, s’il a faim. Il y aura toujours un lit et du fricot pour lui. Croyez-vous qu’il aurait fait toutes ces bêtises-là si vous ne lui aviez pas donné un sou du commencement ?

— Mais il avait des dettes, il aurait été déshonoré.

– Quand vous n’aurez plus rien, ça l’empêchera-t-il d’en faire ? Vous avez payé, c’est bien ; mais vous ne paierez plus ; c’est moi qui vous le dis. Maintenant, bonsoir, Madame.

Et elle s’en alla.

Jeanne ne dormit point, bouleversée à la pensée de vendre les Peuples, de s’en aller, de quitter cette maison où toute sa vie était attachée.

Quand elle vit entrer Rosalie dans sa chambre, le lendemain, elle lui dit : « Ma pauvre fille, je ne pourrai jamais me décider à m’éloigner d’ici. »

Mais la bonne se fâcha : « Faut que ça soit comme ça pourtant, Madame. Le notaire va venir tantôt avec