Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/294

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Alors, pendant une semaine, Rosalie fit chaque jour un voyage à Fécamp pour se faire expliquer les choses par un notaire qu’elle connaissait.

Puis un soir, après avoir mis au lit sa maîtresse, elle s’assit à son chevet, et brusquement : « Maintenant que vous v’là couchée, Madame, nous allons causer. »

Et elle exposa la situation.

Lorsque tout serait réglé, il resterait environ sept à huit mille francs de rentes. Rien de plus.

Jeanne répondit : « Que veux-tu, ma fille ? Je sens bien que je ne ferai pas de vieux os ; j’en aurai toujours assez. »

Mais Rosalie se fâcha : « Vous, Madame, c’est possible ; mais M. Paul, vous ne lui laisserez rien alors ? »

Jeanne frissonna. « Je t’en prie, ne me parle jamais de lui. Je souffre trop quand j’y pense. »

— Je veux vous en parler au contraire, parce que vous n’êtes pas brave, voyez-vous, madame Jeanne. Il fait des bêtises ; eh bien, il n’en fera pas toujours ; et puis il se mariera ; il aura des enfants. Il faudra de l’argent pour les élever. Écoutez-moi bien : Vous allez vendre les Peuples !… »

Jeanne, d’un sursaut, s’assit dans son lit : « Vendre les Peuples ! Y penses-tu ? Oh ! jamais, par exemple ! »

Mais Rosalie ne se troubla pas. « Je vous dis que vous les vendrez, moi, Madame, parce qu’il le faut. »

Et elle expliqua ses calculs, ses projets, ses raisonnements.

Une fois les Peuples et les deux fermes attenantes vendues à un amateur qu’elle avait trouvé, on garde-