Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/47

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subtile et vague tendresse qui naît si vite entre deux jeunes gens, lorsque le garçon n’est pas laid et que la fille est jolie. Ils se sentaient heureux l’un près de l’autre, peut-être parce qu’ils pensaient l’un à l’autre.

Le soleil montait comme pour considérer de plus haut la vaste mer étendue sous lui ; mais elle eut comme une coquetterie et s’enveloppa d’une brume légère qui la voilait à ses rayons. C’était un brouillard transparent, très bas, doré, qui ne cachait rien, mais rendait les lointains plus doux. L’astre dardait ses flammes, faisait fondre cette nuée brillante ; et, lorsqu’il fut dans toute sa force, la buée s’évapora, disparut ; et la mer, lisse comme une glace, se mit à miroiter dans la lumière.

Jeanne, tout émue, murmura : « Comme c’est beau ! » Le vicomte répondit : « Oh ! oui, c’est beau ! » La clarté sereine de cette matinée faisait s’éveiller comme un écho dans leurs cœurs.

Et soudain on découvrit les grandes arcades d’Étretat, pareilles à deux jambes de la falaise marchant dans la mer, hautes à servir d’arche à des navires ; tandis qu’une aiguille de roche blanche et pointue se dressait devant la première.

On aborda, et pendant que le baron, descendu le premier, retenait la barque au rivage en tirant sur une corde, le vicomte prit dans ses bras Jeanne pour la déposer à terre sans qu’elle se mouillât les pieds ; puis ils montèrent la dure banque de galet, côte à côte, émus tous deux de ce rapide enlacement, et ils entendirent tout à coup le père Lastique disant au baron : « M’est avis que ça ferait un joli couple tout de même. »