Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/50

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breuses comme les brins d’herbe, jetant partout, dans les blés, dans les seigles, dans les joncs marins des côtes, leur cri maigre et assourdissant.

Aucune autre voix ne montait sous le ciel torride, d’un bleu miroitant et jauni comme s’il allait tout d’un coup devenir rouge, à la façon des métaux trop rapprochés d’un brasier.

Ayant aperçu un petit bois, plus loin, à droite, ils y allèrent.

Encaissée entre deux talus, une allée étroite s’avançait sous de grands arbres impénétrables au soleil. Une espèce de fraîcheur moisie les saisit en entrant, cette humidité qui fait frissonner la peau et pénètre dans les poumons. L’herbe avait disparu, faute de jour et d’air libre ; mais une mousse cachait le sol.

Ils avançaient : « Tiens, là-bas, nous pourrons nous asseoir un peu, » dit-elle. Deux vieux arbres étaient morts et, profitant du trou fait dans la verdure, une averse de lumière tombait là, chauffait la terre, avait réveillé des germes de gazon, de pissenlits et de lianes, fait éclore des petites fleurs blanches, fines comme un brouillard, et des digitales pareilles à des fusées. Des papillons, des abeilles, des frelons trapus, des cousins démesurés qui ressemblaient à des squelettes de mouches, mille insectes volants, des bêtes à bon Dieu roses et tachetées, des bêtes d’enfer aux reflets verdâtres, d’autres noires avec des cornes, peuplaient ce puits lumineux et chaud, creusé dans l’ombre glacée des lourds feuillages.

Ils s’assirent, la tête à l’abri et les pieds dans la chaleur. Ils regardaient toute cette vie grouillante et petite qu’un rayon fait apparaître ; et Jeanne atten-