Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/51

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


drie répétait : « Comme on est bien ! que c’est bon la campagne ! Il y a des moments où je voudrais être mouche ou papillon pour me cacher dans les fleurs. »

Ils parlèrent d’eux, de leurs habitudes, de leurs goûts, sur ce ton plus bas, intime, dont on fait les confidences. Il se disait déjà dégoûté du monde, las de sa vie futile ; c’était toujours la même chose ; on n’y rencontrait rien de vrai, rien de sincère.

Le monde ! elle aurait bien voulu le connaître ; mais elle était convaincue d’avance qu’il ne valait pas la campagne.

Et plus leurs cœurs se rapprochaient, plus ils s’appelaient avec cérémonie « monsieur et mademoiselle », plus aussi leurs regards se souriaient, se mêlaient ; et il leur semblait qu’une bonté nouvelle entrait en eux, une affection plus épandue, un intérêt à mille choses dont ils ne s’étaient jamais souciés.

Ils revinrent ; mais le baron était parti à pied jusqu’à la Chambre-aux-Demoiselles, grotte suspendue dans une crête de falaise ; et ils l’attendirent à l’auberge.

Il ne reparut qu’à cinq heures du soir, après une longue promenade sur les côtes.

On remonta dans la barque. Elle s’en allait mollement, vent arrière, sans secousse aucune, sans avoir l’air d’avancer. La brise arrivait par souffles lents et tièdes qui tendaient la voile une seconde, puis la laissaient retomber, flasque, le long du mât. L’onde opaque semblait morte ; et le soleil épuisé d’ardeurs, suivant sa route arrondie, s’approchait d’elle tout doucement.