Page:Héricourt - La Femme affranchie.djvu/25

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Or personne de nous ne conteste que notre Raison et notre Justice ne puissent légitimement supprimer ceux de nos actes ou désirs qui seraient contraires à notre harmonie personnelle.

Donc l’espèce humaine, Raison et Justice de la terre, a le droit d’éliminer tout ce qui nuit à son harmonie avec la création qui lui est confiée et dont elle fait une partie de son organisme. Mais lorsque nous conservons des êtres sensibles qui se font nos auxiliaires, deviennent en quelque sorte un de nos organes, et accomplissent ainsi inconsciemment un Devoir, c’est à nous de leur reconnaître leur Droit naturel dans la mesure exigée par l’Ordre. L’animal sent son Droit, car il regimbe, se révolte, faut-il l’en dépouiller parce qu’il ne le connaît pas ; parce qu’il ne peut le formuler ; parce que, comme l’esclave abruti, il n’a que notre voix pour le revendiquer ?

Oui, de nous à l’animal, il y a Justice ; Justice faite par nous seuls, au nom de la Raison, seul juge de la mesure des rapports. Celui qui fait souffrir une créature sensible sans nécessité évidente ; qui en abuse comme d’une chose, qui ne la rend pas aussi heureuse que possible, qui ne la fait pas progresser, est non seulement un être cruel, mais souvent un lâche qui abuse de sa supériorité intellectuelle pour violer le droit le plus sacré : celui des faibles ; c’est le même qui, dans l’ancienne Rome, jetait son esclave au vivier pour engraisser ses murènes, qui l’attachait dans son vestibule avec cet écriteau au dessus de sa tête : prenez garde au chien ! qui se servait du sein de l’esclave femelle, comme d’une pelotte, pour y piquer ses épingles pendant la toilette.

J’ajouterai, pour compléter ma pensée et justifier ma manière