Page:Hérodote - Histoire.djvu/28

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cithare et monta sur le tillac, exécuta l’air orthien1 ; et dès qu'il l’eut fini, il se jeta à la mer avec ses habits, et dans l’état où il se trouvait. Pendant que le vaisseau partait pour Corinthe, un dauphin reçut, à ce qu’on dit, Arion sur son dos, et le porta à Ténare ; là il prit terre, se rendit à Corinthe sans changer de vêtements, et raconta son aventure. Périandre, ne pouvant ajouter foi à son récit, le fit étroitement garder, et surveilla l’arrivée des matelots. Ils ne furent pas plutôt arrivés, que, les ayant envoyé chercher, il leur demanda s’ils pouvaient lui donner des nouvelles d’Arion. Ils lui répondirent qu’ils l’avaient laissé en bonne santé à Tarente, en Italie, où la fortune lui était favorable. Arion parut tout à coup devant eux, tels qu’ils l’avaient vu se précipiter dans la mer. Interdits à sa vue, ils n’osèrent plus nier leur crime. Les Corinthiens et les Lesbiens racontent cette histoire de la sorte, et l’on voit à Ténare une petite statue de bronze qui représente un homme sur un dauphin : c’est une offrande d’Arion.

XXV. Alyatte, roi de Lydie, mourut après avoir terminé la guerre de Milet. Il avait régné cinquante-sept ans. Il fut le second prince de la maison des Mermnades qui envoya des présents à Delphes aprés avoir recouvré la santé : c’étaient un grand cratère d’argent et une soucoupe damasquinée, la plus précieuse de toutes les offrandes qui se voient à Delphes. C’est l’œuvre de Glaucus de Chio, qui seul a inventé l’art de souder le fer.

XXVI. Alyatte étant mort, Crésus son fils lui succéda à l’âge de trente-cinq ans. Éphèse fut la première ville grecque que ce prince attaqua. Ses habitants, se voyant assiégés, consacrèrent leur ville à Diane, en attachant avec une corde leurs murailles au temple de la déesse. Or, le temple est éloigné de sept stades de la vieille ville, dont Crésus formait alors le siège. Après avoir fait la guerre d’abord aux Éphésiens, il la fit aux Ioniens et aux Éoliens, mais successivement, alléguant des motifs graves, quand il en pouvait trouver, ou des prétextes frivoles à défaut de raisons.

XXVII. Lorsqu’il eut subjugué les Grecs de l’’Asie, et qu`il

1. C’était un mode vif, et propre à exciter aux combats. Sans doute il avait choisi ce mode pour s’exciter lui-même à la résolution désespérée qu’il était obligé de prendre. (Miot.)