Page:Hafiz - Quelques Odes, traduction Nicolas, 1898.djvu/64

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Nous, pauvres brebis, comment pourrions-nous avoir la face tournée vers la

    ils trouvent, ayant trouvé ils volent, quand ils volent ils fondent, fondus ils sont purs, purs ils arrivent, arrivés ils se confondent, confondus, il n’y a plus de différence entre ces amants et Dieu. »

    La pensée de Hafiz est que le directeur de nos consciences, et, en réalité, Ali, qui est le Mourchid des Mourchids, celui qui nous montre la route qui conduit à Dieu, hier soir, sortant de la Mosquée, qui est un lieu d’intelligence et d’existence, est arrivé à la taverne qui est un lieu d’ivresse. C’est-à-dire que notre directeur a ouvert le rideau de son existence, et ce rideau était un mur entre Dieu et lui : ce mur il l’a détruit. Alors, que devons-nous faire ? si ce n’est obéir et imiter notre Mourchid. Comme un mort reste inerte entre les mains des laveurs, livrons-nous au Mourchid, car, avoir une pensée propre, un désir, est une offense envers notre Mourchid, offense qui nous éloigne de Dieu.

    N’allez pas croire que cette submersion en Dieu — qui est un des dogmes de la philosophie soufie, soit contraire à la religion. Ils ne disent pas, en effet, que l’homme arrive à l’essence de Dieu. Peut-être pourrait-on le comprendre ainsi que le fait Djellal-ed-Din Roumi, quand il dit : « Quelle est la couleur de Dieu ? C’est cette couleur qui ne laisse