Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/166

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l’infidélité d’une femme, excepté cependant le mot même d’infidélité, lui paraissaient blessants comme un lexique d’injures. Elle comprenait le séducteur, mais consentir à être séduite ! Sa pudeur se révoltait contre l’infériorité du rôle fait à la femme, et ses scrupules auraient tourné peut-être en autant de raisons de faillir, si, dans un renversement des lois sociales, il se fût agi de prendre et non pas d’être prise.

D’ailleurs, combien il serait plus charmant d’inciter un désir qu’on n’assouvirait pas, de créer de toutes pièces un rêve qu’on briserait, de commencer pour interrompre, et de laisser une âme, esseulée, entre les doubles ruines de sa vertu première et de son espérance nouvelle. Deux victoires au lieu d’une ! Elle supputait ainsi, moins par réelle cruauté que par inconséquence ; et trop superficielle pour l’amour de la douleur, elle parvenait étroitement à des résultats analogues par un simple amour de l’intrigue.

Elle croyait en effet trop peu à la grandeur des passions véritables, pour concevoir pleinement les souffrances d’une tendresse déçue. L’imagination chez elle remplaçait la sensualité ; elle jugeait Desreynes conformé de semblable sorte, et en cela ne se trompait que de rien. Aussi poursuivait-elle son but avec une parfaite sérénité de cœur, joyeuse du jeu, et satisfaite du succès.

Elle s’admirait sincèrement d’avoir pris un homme dans la rancune pour l’amener dans le désir, car elle se croyait désirée : dans la retenue de Georges, elle