Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/33

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mince crédit, lui qui n’avait guère connu que l’aride existence des viveurs. Il s’en souciait peu, du reste, ne songeant à demander ni à offrir aucun dévouement, vivant et voulant vivre seul, dans un égoïsme qui lui apparaissait comme une manifestation de la force.

Point mauvais, néanmoins, et capable de mouvements généreux, si la réflexion seconde n’arrivait pas assez tôt pour lui en montrer le ridicule. Il se voulait froid, et, après les enthousiasmes spontanés que lui imposait parfois sa nature nerveuse et faible, il s’en jugeait avec un scepticisme ironique. Il avait une telle horreur du grotesque, une crainte si obsédante de le constater en lui ou autour de lui, que, maintenant, il le constatait en mille choses : il redoutait toute grandeur excessive, par horreur des disproportions, et rien ne lui semblait aussi douloureusement risible qu’un héros de Corneille dans un veston anglais. « L’harmonie est la seule loi primordiale. Nous nous sommes interdit certains droits par le seul fait d’en prendre certains autres. C’est manquer de tact envers soi-même, que d’accepter une vie intérieure qui ne soit pas en accord avec l’existence extérieure. Notre âge est scientifique et sans passion. L’avons-nous fait ? Nous a-t-il faits ? N’importe : restons tels en tout point. » Il aimait ces paradoxes et se desséchait en eux.

Par degrés, il en était venu à ne donner aucune affection qui dépassât la sympathie ; puis, par degrés encore, à ne plus sentir aucun besoin de se livrer