Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/32

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tesse, et qui n’avait, en surplus, que la conscience vaniteuse de son mérite virtuel.

Cette vanité, pourtant, ne restait pas constante chez lui : à de certains jours, il prenait une conception même exagérée de sa méprisable essence, se pesait comme un dieu d’Égypte pèse les morts, et ne se ménageait point les plus cruelles vérités : « Mépris bien ordonné commence par soi-même », disait ce vague pessimiste.

Une seule chose le ramenait à une plus équitable appréciation de lui : la vue du prochain.

Il avait des hommes une médiocre estime, à cause de l’énorme sottise du nombre, et n’entendait respecter que le génie : il faisait peu de différence entre ce que le monde appelle un homme intelligent, et un sot : le premier l’importunait plus que le second, et tous deux lui semblaient, au regard de l’absolu, également superficiels et inutiles. Ce dédain l’entraînait souvent jusqu’à des affectations puériles, à des poses d’enfant boudeur et révolté ; ainsi refusait-il de voter en quoi que ce fût ; jamais il n’aurait voulu accepter le ruban d’un ordre, ni même permettre qu’on le portraiturât en aucune sorte : il prétendait que ce double honneur se doit réserver aux grandes natures, à ceux-là seuls qu’il convient de montrer à la foule, vivants, par un insigne, et morts, par leur image.

Au fond, peut-être, ne croyait-il pas à ces théories laconiennes ; mais l’insolence lui en plaisait.

Quant à la valeur morale, il y donnait, aussi, un