Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


demander : « Crois-tu qu’elle m’aime ? » Pierre Arsemar lui parut seul digne d’un sacerdoce. Il alla vers lui, et l’autre, nature déjà mystique et rêveuse, se prit d’amour pour cet amour. La bien-aimée voulut voir l’homme à qui l’honneur de sa vie était confié, et lui serra les mains et le pria de veiller sur le bien-aimé. Georges et Pierre se mirent à tourner tout autour de la cour, longeant les quatre murs, tout autour. Les mois passaient. Georges disait : « Tu crois qu’elle m’aime ?… » Ils marchaient, le front baissé, les mains au dos, et leur première barbe frisait. Quand Georges voulut se tuer, c’est Pierre qui l’en empêcha. Il accompagna son ami jusqu’au paysage qui avait été le témoin des premiers serments, des faux serments ; Georges eut des mots cruels pour l’absente.

À partir de ce jour, plus graves encore, et désillusionnés de la femme, ils marchèrent plus près des murs, qu’ils raclaient du revers de leur ongle. Georges s’idéalisait, au contact de cette nature chaude et grave tout ensemble. Ils commentèrent les Pensées de Pascal et complétèrent leur œuvre par des aphorismes philosophiques. Arsemar analysait les abstractions, amitié, devoir, amour ; Desreynes disait la femme. Pendant les études, ils échangeaient de longues notes sur leurs sentiments les plus intimes. Arsemar avait en toute chose du cœur des lyrismes de néophyte : tout lui était religion, et la divinité elle-même lui semblait moins divine que le moindre sentiment humain. Avec tristesse, il blâma Périclès et Plutarque