Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/45

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— Eh ! que veux-tu ? Elle a vingt-trois ans ; ses parents recevaient beaucoup ; elle a de la gaieté, de l’esprit, de l’entrain, et nos arbres ne causent guère. Elle me fait parfois l’effet d’un joli petit oiseau dans une vilaine cage. Ce n’est pas que ce soit laid, chez nous, mais c’est un peu sauvage pour une bergère de cette espèce. Aussi, je pense bien ne pas m’éterniser au Merizet. J’ai là-bas un associé que je mets au courant de l’affaire ; et quand l’heure sera venue, nous rentrerons à Paris.

— Ah ! ah ! Capricieux aussi ! Autrefois, tu préférais les champs à la ville.

— Bah !… Elle sera si heureuse.

Georges fut presque chagrin de constater déjà un tel désaccord dans les goûts du jeune ménage. Pierre, un peu gêné, fouetta doucement son cheval.

— Une bonne petite bête, que j’ai là : ça vous fait des lieues sans fatigue. Ma femme ne l’aime pas, et la trouve trop calme. Moi, je l’aime bien… Tu ne te figures pas comme Jeanne est curieuse de te voir. Nous parlons si souvent de toi ! Par exemple, elle te connaît pour un noceur écervelé !

— Tu es gentil, toi… Une Lyonnaise… n’est-ce pas ? Me voilà bien !

— Elle n’est pas sèche et pincée comme ses compatriotes, qui vous parlent de Dieu, et serrent les genoux dès qu’on parle du diable. Elle est bonne fille.

— Dévote ?