Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/55

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— Mettons, pour mon honneur et pour le vôtre, madame, que l’émotion de votre vue fut la cause unique de tout.

— Soit ! Mais vous aurai-je fait peur ou plaisir ? Voulez-vous supposer que vous m’ayez déjà connue en rêve, et que le chevalier s’est pâmé devant la reine retrouvée ? Ce sera très galant ainsi.

Georges osa la contempler en face et vit encore sur ses lèvres et sous ses yeux ce même sourire à la fois moqueur et câlin.

— Maintenant, ajouta-t-elle, permettez que la reine elle-même vous conduise à votre chambre, beau chevalier, et soyez libre en son palais. Nous manquons ici d’esclaves mauresques et d’aiguières d’or, et personne ne vous versera de parfums sur les mains.

Ils le menèrent à une chambre tendue de perse bleue et rose, d’un ton de printemps et dont le plafond, en larges plis, s’épanouissait comme la corolle d’une fleur énorme. Une seule fenêtre s’ouvrait, sur un paysage étroit et vert ; une pelouse s’étalait, et plus loin, des roches apparaissaient sous un bouquet d’acacias, de merisiers, de lilas et de fougères, entre lesquels glissait, dans l’air humide, le bruissement d’une cascade. Un beau rayon de soleil dansait sur les rideaux du lit ; cette chambre avait une coquetterie de petite vierge un peu profane, avec ses jeunes tentures, son tapis muet aux teintes prudentes, ses meubles vêtus de jupes courtes, et la glace qui, du sol au plafond, montait dans le cadre léger de sa double draperie.