Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/54

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dont la banalité vint mourir entre ses dents : « Nous voilà bien ! »

— Vous paraissez souffrant… Vous êtes-vous blessé en sautant de voiture ?

— Non, madame, non…

Il ajouta en riant : « Mais, j’ai très soif. »

Elle se sauva : Georges regardait le chemin qu’elle avait pris.

— C’est fou ! Il n’y a là qu’une ressemblance ! Certainement, une ressemblance…

— Viens, montons.

Georges, toujours, poursuivait sa pensée : « C’est absurde. Ne voit-on pas tous les soirs des visages qui se ressemblent ? Reconnaître une femme que j’ai lorgnée pendant une demi-heure : comme si c’était possible, cela, au bout d’un grand mois ! Je ne la reconnaîtrais même pas, l’autre… D’abord, elle était plus grande…

Arsemar l’emmena dans la maison.

Jeanne tendit un verre qu’elle venait de remplir.

— C’est elle !… Encore cette idée stupide ! J’en deviens insolent, à la fin.

Jeanne souriait et Pierre se tenait auprès d’eux.

— Ce m’est une grande honte, madame, d’entrer ainsi chez vous, et qu’allez-vous penser des femmelettes que nous sommes, en nous voyant agoniser comme en plein Sahara, pour une seule nuit de voyage ?

Jeanne souriait.

— Vrai, je n’ai rien pensé du tout, et puisque vous voilà rétabli…