Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/63

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— N’est-ce pas qu’elle est jolie, ma Jeanne ?

— Mais oui, très bien…

Une rage sourde l’avait pris contre les femmes ; il chassait à coups de botte les cailloux du sentier et les brindilles que l’hiver avait laissées là.

Pierre ajouta :

— Comme le bonheur fait admirer et chérir toutes les formes qui nous entourent ! Je m’extasierais devant un pavé. Ne trouves-tu pas que le ciel, là-bas, entre ces deux peupliers, est d’une couleur si exquise, qu’il semblerait impossible de la rendre ?

— En effet, Pierre…

Mais le ciel lui paraissait ennuyeux et malade.

— À table ! À table ! cria Jeanne, au loin.

Elle les appelait du perron ; puis, brusquement, prenant sa course, elle s’élança vers eux. Elle venait en sautant à travers les pelouses, svelte et toute rose, toute lumineuse, comme une grande fleur échappée. Elle s’arrêta au bord d’un étroit ruisseau qui ondulait dans l’herbe, et d’un bond, les bras enlevés, elle se lança sur l’autre bord.

— Comment croire ?…

Georges s’étonnait d’une aussi insouciante gaieté ; il espérait encore s’être trompé ou n’avoir pas été reconnu.

— Je prends votre bras, monsieur ! En route !

Et le forçant à courir, elle l’emmena vers la maison.