Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


V

Retirée à la campagne, séquestrée
du monde, elle s’occupa deux ans
entiers à régler sa conscience…

Bossuet.



À table, elle riait à tout propos, commençait une phrase et l’interrompait pour une autre, parlait vite, commandait le service d’un regard bref, cherchait l’esprit et disait mille riens avec de brusques gestes d’enfant gâtée ; mais au milieu de tout, elle restait féline et caressante.

Pierre l’appelait : « Petit oiseau. » Elle s’ingéniait à mériter ce nom. Il la nommait aussi « Merizette », comme la fée de sa maison.

Elle interrogeait, répondait, sans trêve, sans objet, pour s’entendre, pour s’aimer, pour être aimée.

Georges s’impatienta bientôt de cette exubérance qui lui rappelait trop sa propre vie et tout ce qu’il voulait oublier ici : tant de volubilité sonnait faux à son oreille. Il se ressouvint de l’inimitié sourde qu’il avait éprouvée d’abord, aux premiers mots de son ami, contre la femme qu’il allait voir. C’était mainte-