Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


trouva si gracieuse, qu’il acheva presque de la croire honnête.

— Les Parisiens sont d’une inavouable paresse, dit-elle en lui tendant la main. Voilà plus d’une heure que Pierre est parti pour les ateliers, et que je languis à vous attendre.

Desreynes se félicita de cette solitude ; il était résolu à prendre auprès de Jeanne une situation franche, précise, honnête, afin de supprimer dans l’avenir toute allusion narquoise à leur rencontre.

— Notre ami rentrera-t-il bientôt ?

— Avez-vous déjà peur de ma compagnie ? Vous demandez cela comme une fillette réclamerait sa mère pour se défendre… Tremblez donc : mon mari ne reviendra que dans deux heures.

Elle ajouta ironiquement :

— Nous aurons tout loisir de causer.

Jeanne l’emmena à table et le servit.

— Maintenant, promenez-moi, monsieur !

Ils s’en allèrent à travers le parc ; elle le conduisait dans les sentiers encore moites de rosée, et s’appuyait sur lui en relevant le bord de sa jupe. La terre était couverte de violettes.

Desreynes cherchait le premier mot de son exorde de vertu : la tâche lui sembla plus délicate encore qu’il ne l’imaginait, et Jeanne, devinant, n’avait garde de rompre un silence dont elle s’amusait tant. Dans la joie de cette complicité nouvelle, elle souriait à lèvres closes. Elle se baissa pour cueillir une violette ; puis,