Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/79

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À la fin, ses paupières s’appesantirent ; la lune avait tourné dans le ciel, et l’ombre, devant lui, enveloppait les vapeurs et les arbres. On eût dit que la vie, qui tantôt vibrait dans les demi-teintes, s’était retirée de là, par degrés. Desreynes, la peau glacée, les yeux mi-clos, s’en alla vers sa couche où l’étendit un grand sommeil.

Il se réveilla dans les fleurs : sa chambre, sous la clarté joyeuse du jour, était comme un bouquet d’aurore ; des cris d’oiseaux entraient avec la lumière. Il ouvrit doucement les yeux, et rêva.

Au matin, nos idées se déploient, nettes et vives, comme un éventail que l’on ouvre. Le matin, c’est la force nouvelle : Antée a touché le sein de sa mère. Voici la confiance et la promesse de vivre, voici la douceur et le pardon. Georges comprit que son amitié s’exagérait le danger, et que, seules, sa vanité et sa perversion avaient pu supposer en Jeanne l’infamant désir d’une intrigue dont il serait le héros. Il eut honte d’un tel soupçon, et l’optimisme du réveil aux champs lui montra cette femme comme une enfant légère que son insouciance même et que son affectation d’indépendance assuraient contre le péril.

Tout au plus conclut-il que Pierre aurait pu mieux choisir, n’était l’amour.

Il se leva.

La petite comtesse était seule, vêtue d’un peignoir rouge sombre, et ses cheveux noirs, nattés et tombant sur le dos, se nouaient d’un ruban d’or. Georges la