Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/84

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pas, de savoir ce que pourrait vous dire un inconnu qui passait et que vous ne reverriez plus. Je faisais mon métier d’homme, et vous avez fait votre métier de moqueuse. Vous voyez bien que je comprends. C’est une plaisanterie, et bien d’autres fois je fus la dupe de semblables bévues. Nous sommes joués souvent, nous autres. On n’y prend plus garde, à la fin. Croyez-vous que j’espérais votre réponse ? Je vous ai distraite un instant ? Rions-en pour la dernière fois, et n’en parlons plus.

— Rions ! Mais, il y a quelques minutes, vous disiez avoir tant souffert ! Voilà qui me rassure.

— C’est pour lui que j’ai tremblé ! Songez donc, enfant que vous êtes, comment il regarderait ce qui pour vous et moi n’était qu’un jeu d’esprit.

— D’esprit ?…

— Songez qu’il a mis en vous toute sa confiance et toute sa vie : que seule…

— Vous vous répétez.

Elle mâchait, insouciante, une violette.

— Me jugez-vous assez niaise pour conter cette escapade à mon mari ? J’ai, moi aussi, beaucoup d’affection pour lui, et je serais aussi triste que vous de l’avoir désolé. Accordez-moi donc un peu des bons sentiments qu’il vous plaît de garder pour vous-même !

— Je vous les crois tous, madame, et c’est pour cela que vous ne voudrez plus remuer ce passé. Nous serons bons amis.