Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/294

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si tout le mouvement commercial se fût concentré sur cet article devenu indispensable. Les feuilles mouillées des ormes ou des noyers, arrachées par l’ouragan, s’éparpillaient sur la voie publique ; la boue s’accumulait au milieu des rues, qui, par un singulier phénomène, semblaient devenir plus sales à mesure qu’elles étaient mieux lavées. Tels étaient les traits les plus caractéristiques de ce sombre tableau. En fait de vie et de mouvement, il y avait la rapide allure d’un cabriolet ou d’une calèche dont le cocher, encapuchonné de caoutchouc, rappelait assez un masque de carnaval ; plus loin, un vieillard à l’aspect misérable, et sortant en apparence de quelque égout, penché sur les ruisseaux, un bâton à la main, fouillait les ordures humides, en quête de quelques clous rouillés ; à la porte du bureau de poste, un négociant ou deux, plus un rédacteur de journal et un politique de fantaisie, attendant une malle en retard ; à la fenêtre d’un bureau d’assurances, quelques officiers de marine en retraite, jetant des regards ennuyés sur la rue déserte, blasphémant après le temps, et malheureux de se voir à court, soit de nouvelles publiques, soit de commérages locaux. La bonne aventure pour ces vénérables quidnuncs, s’ils eussent pu deviner le secret qu’Hepzibah et Clifford emportaient avec eux ! Mais ces deux formes grises, estompées par la pluie, n’attiraient pas l’attention comme celle d’une jeune fille qui vint à passer au même instant, et dont les jupons étaient retroussés un peu trop haut. Par un beau soleil, nos deux voyageurs n’eussent pas manqué de faire sensation ; mais avec cet affreux temps, — auquel ils semblaient merveilleusement assortis, — on ne remar-