Page:Heine - Poëmes et légendes, 1861.djvu/273

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« Nos enfants auront de quoi boire et manger, mais ce ne sera pas dans le calme de la vie contemplative. J’entends gronder le drame terrible qui se prépare. L’idylle est finie.

« Oh ! si tu pouvais garder le silence, je t’ouvrirais le livre de la destinée, je te ferais voir l’avenir dans mon miroir magique.

« Ce que je n’ai jamais montré à aucun mortel, je te le montrerais, l’avenir de ta patrie. Mais hélas ! tu es bavard et ne peux garder le silence. »

— « Seigneur Dieu, ma déesse ! m’écriai-je plein d’enthousiasme, ce serait mon plus grand bonheur. Laisse-moi voir l’Allemagne de l’avenir, je suis un homme à garder le secret.

« Je veux bien te faire tous les serments que tu voudras pour t’assurer de ma discrétion. Parle ! comment et en quel nom dois-je jurer ? »

La déesse reprit : — « Jure-moi à la façon du père Abraham, comme il le fit faire à Éliézer, quand celui-ci se mit en voyage pour trouver une femme à Isaac, le fils de son maître.

« Lève ma tunique, pose ta main sur mes hanches, et jure-moi d’être discret et de ne jamais, ni par tes paroles ni par tes écrits, divulguer ce que tu auras vu. »

Quel moment solennel ! Je me sentis transporté dans