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ANNÉE 1578.


1578. — 12 janvier.

Orig. – Arch. de M. le baron de Scorbiac, à Montauban. Copie transmise par M. Gustave de Clausade, correspondant du ministère de l’Instruction publique.


À MONSR ESCORBIAC A MONTAUBAN[1].

Monsr Scorbiac, J’ay esté bien ayse d’entendre que vous ayés esté nommé par les depputez des Esglises pour estre prez de moy, ce que j’ay tousjours desiré, afin qu’estant assisté de gens fideles, crai-

  1. Jean Guichard de Scorbiac, ou d’Escorbiac, conseiller au parlement de Toulouse, conseiller du roi de Navarre et maître des requêtes ordinaire de son hôtel, fut membre protestant de la chambre mi-partie, établie d’abord à Montpellier en 1576, ensuite à Revel, puis à l’Isle d’Albigeois, en 1579. Le 7 novembre de l’année précédente, par un acte d’élection conservé encore aujourd’hui dans sa famille, l’assemblée des églises réformées de la généralité de Bordeaux, tenue à Montauban, l’avait député à la conférence de Nérac ; et cette lettre-ci prouve qu’au commencement de la même année il avait déjà reçu une mission spéciale auprès de la personne du roi de Navarre. Devenu roi de France, ce prince, par lettres du 7 avril 1590, lui donna de pleins pouvoirs pour la recette des contributions volontaires de tous les réformés du Languedoc et de la Guienne, afin d’aider à soutenir la guerre. Les autres titres de ce zélé protestant sont rassemblés dans un discours que son petit-fils prononça à Versailles, devant Louis XIV, le 2 janvier 1686. Nous devons des extraits de cette pièce intéressante à M. Gustave de Clausade, par l’intermédiaire duquel M. le baron de Scorbiac a bien voulu nous communiquer les cent lettres si honorables adressées à Guichard de Scorbiac, dont il descend directement : « Sire, me voicy le seul en France qui porte la robe de père en fils, depuis l’institution des chambres de l’Edit, de l’année 1576. Je viens comparoistre devant Vostre Majesté pour lui tesmoigner mon profond respect et ma sincère obéissance. Elle prit autrefois (à Fontainebleau, en 1666) plaisir à m’entendre parler des services rendus à son Estat par ma famille ; avec sa permission je lui en rafraischiray la mémoire de quelques uns, en peu de paroles. – Du temps des troubles arrivés soubs vostre minorité, mon père et moy rendismes ce service mémorable à vostre couronne de faire resoudre la ville de Montauban, nostre patrie, à prendre les armes pour Vostre Majesté, sans en attendre les ordres ; ce qui retint tout le haut pays dans son devoir et garantit le Languedoc des calamités de la guerre civile. En cette considération, la chambre, quoique mi-partie, me fit l’honneur, en 1651, de me choisir pour aller seul à Poitiers et à Saumur assurer Vostre Majesté, au commencement de sa majorité, de la continuation de la fidélité inviolable de tous les sujets soumis à sa jurisdiction...... En 1656 Vostre Majesté m’honora d’une commission générale pour l’exécution de ses édits dans tout le ressort du parlement de Toulouse, conjointement avec M. de Boucherat, aujourd’hui chancelier de France… Mon père eut un pareil emploi, en 1622, avec M. Séguier, qui fut dix ans après chancelier de France ; et mon grand-père négocia la première paix avec M. le chancelier de l’Hospital. Il en négocia une autre en 1577, à Bergerac et à Poitiers, avec M. de Villeroy, ministre et secrétaire d’état. En 1579, il eut l’honneur, à Nérac, de presenter à la roine Catherine les articles de la conférence qu’il avoit dressés lui-même pour son maistre, le roi de Navarre, Henry-le-Grand, qui lui fit donner aussi la commission pour les exécuter. Cette heureuse rencontre est singulière et honorable pour ma famille, d’avoir esté trois fois de père en fils employés à travailler avec de si grands personnages pour le service de nos rois et pour le bien de leur Estat..... Mon grand-père avoit servi longues années Henri IV en qualité de maistre des requestes, de conseiller en son conseil privé et de surintendant de ses finances. Vostre Majesté prit plaisir à lire elle-même plusieurs lettres écrites de la main de ce grand roy, qui tesmoignent l’estime et la confiance qu’il avoit en un si fidèle serviteur, lequel, pour une marque infaillible de sa fidélité, ne laissa pour tout héritage à ses successeurs que la robe que je porte. »