Page:Henri IV - Lettres Missives - Tome1.djvu/576

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eos invisendi, quorum opera Dominus ad propagandam nominis sui gloriam usus esset, tum vero illustrissimos illos Germaniæ proceres


    des écueils, s’est vu près de faire naufrage. Elle n’ignore sans doute pas non plus à combien de dangers nous nous trouvons encore exposé. Pour obvier à ces dangers, et nous opposer aux efforts criminels des uns et aux projets d’innovations des autres, nous nous sommes condamné à rester dans ce royaume pendant le temps que ce pays et les provinces de notre domination ont été agités par la guerre civile. Maintenant nous sommes forcé d’y rester encore pour des raisons qui n’ont pas moins de gravité : afin d’employer l’influence que nous pouvons exercer sur les ordres de l’État, et la faveur dont nous jouissons auprès du Roi, à détourner de ce royaume les maux qui le menacent. Quoique les intentions pacifiques du Roi très-chrétien, et son affection pour nous, ne puissent certainement être mises en doute, nous avons cependant des motifs d’inquiétude de ce côté, en voyant tant de princes qui croient trouver leur avantage dans la perte des autres, pousser sans cesse au désordre ; en voyant surtout le pontife de Rome avoir recours à tous les moyens pour troubler la tranquillité de ce florissant royaume et nous jeter dans des difficultés inextricables. Deux choses nous avaient porté à entreprendre le voyage dont nous avons parlé : l’avantage de jouir de la vue de votre altesse, et de prendre conseil de son esprit judicieux pour arriver à établir et à consolider la paix dans le royaume de France ; ensuite le désir de conférer avec elle sur les dangers communs qui menacent toutes les Églises de l’Europe. Ne pouvant pas nous-même arriver à ces résultats, nous avons pensé pouvoir en obtenir au moins une partie par ambassadeur. C’est là ce qui nous a décidé à envoyer vers votre altesse le sieur de Ségur, homme de très-belle et noble extraction, et dont nous connaissons si bien l’incorruptible fidélité, le zèle pour nos affaires et pour celles des Églises, que nous l’avons établi surintendant de notre maison et chef de notre conseil privé. Et quoique l’intérêt de la chose publique, aussi bien que le nôtre, s’opposât à son depart, nous nous sommes décidé à lui confier cette légation ; nous l’avons chargé d’assurer votre altesse de notre ardent dévouement envers sa personne, de la féliciter de l’heureuse situation de ses affaires et de la paix dont jouissent les Églises de ses états, et en même temps de la prier de nous accorder ses conseils, dans l’état d’incertitude où nous nous trouvons, en nous indiquant quels moyens elle juge les meilleurs pour que nos Églises, à l’abri de toutes guerres civiles, puissent goûter des jours paisibles et dignes du nom chrétien, sous le sceptre du puissant monarque de la France. Un dernier objet de la mission de notre envoyé est de prier votre altesse d’user de tout son crédit et de toute son autorité (et elle en a beaucoup) auprès du Roi très-chrétien, pour que l’âme royale de ce prince, déja disposé et maintenir la paix, soit de plus en plus affermie dans un projet si saint, et si nécessaire au salut de la république chrétienne. Il est de l’intérêt de tous, et surtout de l’intérêt des princes qui suivent la religion purifiée de toutes les superstitions, que ceux qui sont déjà étroitement réunis par la communauté de religion, le soient également par une bienveillance et une affection réciproques. Ces liens ne doivent pas être brisés par les différences d’opinions qui règnent entre les nôtres et qui restent à concilier, puisque nous sommes tous d’accord sur les principaux articles de foi, et que nous avons des ennemis communs qui nous poursuivent de leur haine. Aussi nous demandons à votre altesse que, de tout le poids de l’autorité dont elle jouit auprès des autres ordres de l’Empire, et en suivant les inspirations de sa prudence, elle veuille travailler, de tous ses efforts et de tous ses moyens, à l’établissement de la concorde et de l’unité de doctrine, les meilleures armes contre les embûches et les attaques des sectateurs de la cour de Rome. Nous avons pensé que cette demande devait être principalement adressée à votre altesse, d’abord à cause de de sa puissance, qui, au milieu des autres princes, la met plus particulièrement en vue, et ensuite parce qu’il ne pouvait être douteux pour nous que le prince dans les terres duquel, comme dans un sol fertile, la pure religion a jeté ses premières racines, ne s’employât de grand cœur, et avec toute son activité, à ce qui intéresse la gloire de Dieu et le salut des Églises, et donnât ainsi aux autres princes l’exemple d’un véritable pasteur. Que votre altesse veuille croire à notre déférence et à notre dévouement à sa personne, et qu’elle nous regarde comme toujours prêt à la recherche et au soutien du bien public. Notre envoyé lui expliquera ce qui n’a pu trouver place dans cette lettre. Nous la prions instamment d’accorder toute foi à ses paroles. Que le Dieu tout-puissant, dans sa bonté, conserve très-longtemps en paix et en prospérité votre altesse, votre illustre maison et votre état tout entier, pour la gloire de son nom, le salut des Églises et le repos du monde chrétien. Nérac, le 15 des calendes d’août 1583.

    Votre bon cousin et entier ami,


    HENRY :

    L’ALLIER.